Roland Bergeron, mon grand-père
Gamin, il dessinait. À la petite école, lors du temps réservé aux études, il s'emparait d'un crayon et griffonnait pour lui-même ou à la demande des amis, dans un cahier qui lui était retiré d'entre les mains aussitôt le pot aux roses découvert par le maître.
Jeune, il achetait pour quelques sous à peine, des magazines de célébrités américaines pour faire des portraits au fusain de ces dernières et ce, au grand désespoir de sa mère. Lorsque celle-ci découvrait les revues, elle les brûlait d'emblée, considérant immoral ce ramassis de feuilles.
Adolescent, il aspira à des études à l'école des beaux-arts de Montréal, mais il était malheureusement hors de question pour sa mère d'accepter une telle requête. Quelle obscénité que l'art et ses nus! Plutôt mourir que de savoir son fils dans un tel environnement.
Un peu plus tard, il tenta sa chance en envoyant par la poste traditionnelle quelques dessins au Disney Studio. On lui offrit alors la possibilité d'y travailler. Là encore, quelle horreur de savoir fiston aussi loin pour exercer un tel métier!
Adulte, il prit épouse. Il eut d'adorables enfants et gagna sa vie à livrer de l'huile à chauffage d'une maison à l'autre. Il continua d'exprimer son talent dans les bricolages pour sa progéniture et il lui arriva de peindre un immense tableau pour une église, mais Dieu seul sait où se cache cette fabuleuse peinture.
En vieillissant, les mains tremblantes, il délaissa progressivement crayons et papier à dessin pour simplement communiquer son art à ses héritiers avec des anecdotes et des anciens dessins datant de 1928. Puis un jour, il rendit paisiblement l'âme en 2003, abandonnant derrière lui une vie bien remplie et des rêves inachevés, mais léguant aussi un peu de lui-même à ses enfants et surtout, beaucoup de sa passion à l'une de ses petites-filles.
J'ai eu l'opportunité de réaliser maints portraits à partir de revues dites à potins, d'étudier l'illustration et de dessiner...des nus. Je peux aussi, sans interdit, tenter ma chance à faire du dessin mon gagne-pain. Plus important encore, j'ai eu la bonne fortune de côtoyer un grand-père qui m'a fait découvrir par son prestigieux talent, le monde merveilleux du dessin. Aujourd'hui, j'espère que de là-haut, il réalise un peu par mes mains, ses rêves qui sont aussi les miens.
En 2003, Mélanie Péloquin a rendu un dernier hommage à son grand-père en effectuant son portrait au fusain. Roland Bergeron n'aura jamais l'occasion d'admirer la réalisation de sa petite-fille.
On aperçoit Roland, enfant et au centre, l'homme dans la fleur de l'âge.
Tous les portraits au fusain de célébrités proviennent de la collection personnelle de Mélanie Péloquin.
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